Les dangers des mousses de polyuréthane et du polystyrène expansé dans l’isolation des bâtiments

 

Depuis des décennies, les mousses de polyuréthane (PU) et le polystyrène expansé (PSE), largement utilisés dans l’isolation thermique (environ 18 % de la production de PU est dédiée à cet usage), sont au cœur de préoccupations croissantes en raison de leur inflammabilité, de leur toxicité et de leur impact environnemental.

Malgré une prise de conscience mondiale, ces matériaux continuent d’être employés, entraînant des risques majeurs pour la sécurité, la santé et l’environnement.

Inflammabilité et dégagement de gaz toxiques

Les mousses de polyuréthane et le PSE sont hautement inflammables. Lors de leur combustion, ils dégagent des gaz mortels tels que le cyanure d’hydrogène (HCN) et le monoxyde de carbone (CO), responsables de nombreuses morts par asphyxie lors d’incendies, bien plus que les brûlures.

La propagation des flammes est fulgurante, rendant ces incendies particulièrement difficiles à maîtriser.

L’utilisation d’eau par les pompiers peut même aggraver la situation, en dispersant les gaz toxiques sans éteindre efficacement le feu.

Dans les bâtiments utilisant des bardages métalliques avec ces isolants, la combustion du PU génère des acides corrosifs qui attaquent les structures métalliques, compromettant la solidité des constructions.

Ces caractéristiques rendent ces matériaux particulièrement dangereux dans les immeubles de grande hauteur, comme l’a tragiquement illustré l’incendie de la Grenfell Tower à Londres en 2017.

Toxicité des composants

La fabrication et la mise en œuvre des mousses de polyuréthane impliquent des substances chimiques dangereuses, notamment les diisocyanates :

  • Diisocyanate de toluène (TDI) : Très toxique par inhalation, irritant, réactif et volatil.
  • Diisocyanate de diphénylméthane (MDI) : Classé comme nocif par inhalation et suspecté d’être cancérigène.

Ces composés volatils se dispersent dans l’atmosphère lors de l’application, contribuant à la pollution des couches inférieures.

Bien que leur réactivité avec la vapeur d’eau puisse limiter leur persistance, ils posent des risques significatifs pour les travailleurs et les occupants des bâtiments.

En Europe, depuis 2023, le règlement REACH impose une formation obligatoire pour manipuler les diisocyanates, en raison de leurs effets sur la santé.

Ignifugeants : une solution imparfaite

Pour réduire l’inflammabilité des mousses PU dans les meubles rembourrés (canapés, matelas), des réglementations au Royaume-Uni, en Irlande et dans certains États des États-Unis exigent l’ajout d’ignifugeants chimiques.

Cependant, ces additifs, comme l’hexabromocyclododécane (HBCD), sont eux-mêmes toxiques et ont été interdits par la Convention de Stockholm en 2013 en raison de leur persistance et de leur toxicité environnementale.

Les alternatives, comme les ignifugeants phosphorés, suscitent également des inquiétudes pour la santé et l’environnement, et ne rendent pas les mousses PU ininflammables, limitant leur efficacité.

Problèmes techniques et environnementaux

Les mousses PU et PSE présentent de nombreux inconvénients techniques et environnementaux :

  • Absence de perspiration : Étanches, elles empêchent la gestion de la vapeur d’eau, favorisant la condensation et les problèmes d’humidité dans les bâtiments.
  • Inflammabilité : Leur propension à s’enflammer rapidement aggrave les risques incendie.
  • Hydrophobie : Elles ne permettent pas le transport de la vapeur d’eau, contrairement à des isolants comme la laine de bois ou la ouate de cellulose.
  • Toxicité à long terme : Ces matériaux peuvent libérer des composés organiques volatils (COV) sur des décennies, affectant la qualité de l’air intérieur.
  • Inertie thermique nulle : Ils n’offrent pas de régulation thermique efficace, contrairement aux matériaux à forte inertie.
  • Non-recyclabilité : Les mousses PU et PSE sont difficiles, voire impossibles, à recycler, posant un problème environnemental majeur.

Conséquences pour les assureurs et les pompiers

L’utilisation de ces isolants augmente les risques incendie, ce qui se traduit par des primes d’assurance plus élevées ou des refus de couverture pour certains bâtiments.

Les pompiers, confrontés à des incendies impliquant du PU ou du PSE, se retrouvent souvent démunis : la rapidité de propagation, l’inefficacité de l’eau et la toxicité des fumées compliquent leur intervention.

Des équipements spécialisés, comme des mousses extinctrices, commencent à être utilisés, mais les défis demeurent.

Évolutions réglementaires et prise de conscience

Depuis l’incendie de la Grenfell Tower, le Royaume-Uni a renforcé ses réglementations. En 2018, les matériaux combustibles ont été interdits dans les bardages des bâtiments de plus de 18 mètres.

Des audits, poursuivis en 2023 et 2024, ont permis d’identifier et de remplacer les isolants dangereux dans de nombreux immeubles.

En 2025, des discussions sur une interdiction plus large des mousses PU dans certaines applications se poursuivent, bien qu’aucune interdiction totale n’ait été confirmée à ce jour.

En Europe, le Pacte Vert et les normes d’écoconception encouragent l’adoption de matériaux biosourcés (chanvre, lin, ouate de cellulose) et moins dangereux. Cependant, le coût élevé de ces alternatives freine leur adoption massive.

Vers des alternatives durables

Des solutions existent pour remplacer les mousses PU et PSE :

  • Matériaux biosourcés :
  • Laine de bois, chanvre, liège, ou ouate de cellulose, qui offrent une meilleure gestion de l’humidité et une combustion moins toxique.
  • Isolants minéraux :
  • Laine de roche ou laine de verre, moins inflammables et plus recyclables.
  • Mais moins efficace – par contre moins cher – rendement mediocre .
  • Innovations :
  • Des recherches sur des mousses à base de mycélium ou de fibres végétales ignifugées progressent, bien que leur déploiement reste limité.

Conclusion

Malgré leurs performances en isolation thermique, les mousses de polyuréthane et le polystyrène expansé présentent des risques inacceptables en termes de sécurité incendie, de toxicité et d’impact environnemental.

Connus depuis plus de 40 ans, ces dangers nécessitent une action urgente : interdiction progressive, remplacement par des alternatives durables et sensibilisation des professionnels et du public.

La transition vers des matériaux plus sûrs et écologiques est essentielle pour protéger les vies, les bâtiments et l’environnement.

(mise à jour 4/10/2025)

….et encore :

Mise au ban de l’un des ignifugeants les plus utilisés au monde

L’hexabromocyclododécane, substance très toxique, est inscrit sur la liste noire de la convention de Stockholm.
En savoir plus sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/05/10/mise-au-ban-de-l-un-des-ignifugeants-les-plus-utilises-au-monde_3174974_3244.html#JmK8woUjDgAuGDHO.99

Vidéo devinette à ROUBAIX , janvier 2014 , ils agit ici de la Tour Mermoz:

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2 commentaires

    1. …..
      Topo court : Verre cellulaire comme isolant

      Avantages

      Ininflammable (A1) : Résiste au feu sans produire de fumées toxiques ni gouttelettes (EN 13501-1), idéal pour la sécurité incendie (ERP, immeubles hauts).

      Étanche à l’air et à l’eau : Structure cellulaire fermée, parfait pour toitures plates, sous-sols, fondations (résiste à l’humidité, rongeurs, moisissures).

      Durable : Inaltérable, conserve ses propriétés thermiques (0,038–0,050 W/m·K) sur des décennies.
      Écologique : Fabriqué à partir de verre recyclé (jusqu’à 60 %), recyclable, sans COV.

      Inconvénients

      Non perspirant : Imperméable à la vapeur d’eau (μ ≈ ∞), risque de condensation dans les parois perspirantes (ex. : ossature bois) sans pare-vapeur ou ventilation.

      Coût élevé : 20–50 €/m², plus cher que la laine de roche (10–20 €/m²) ou la fibre de bois (15–30 €/m²).

      Performance thermique moyenne : Comparable à la fibre de bois ou la laine de roche (0,032–0,050 W/m·K), mais nécessite parfois plus d’épaisseur pour atteindre les mêmes résistances thermiques.

      Installation technique : Pose complexe (collage, découpe précise), augmente les coûts et risques d’erreurs.

      Synthèse :

      Le verre cellulaire excelle pour la sécurité incendie et l’étanchéité dans des contextes humides (toitures, fondations), mais son imperméabilité à la vapeur le rend inadapté aux bâtiments perspirants sans précautions (pare-vapeur, VMC).

      Des alternatives comme la fibre de bois ou la laine de roche sont souvent préférées pour les parois respirantes.

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